Deepak, mon ami intouchable du Népal

altCe n’est pas pour me vanter mais j’ai un ami au Népal qui vient de la caste des intouchables. La plus basse caste, celle qui n’a pas le droit de marcher sur le même trottoir que les autres Népalais.

Oui, monsieur, un intouchable. Les Népalais les appellent les dalits. C’est mon ami. Le système de castes a été aboli il y a longtemps au Népal, comme en Inde, mais les traditions ont la vie dure.

Je sais, je vous parlais depuis plusieurs jours d’un autre pays d’Asie, le Myanmar, et je change de sujet tout à coup. Ça me tentait. C’est l’avantage de ne pas avoir de patron : j’ai envie de vous parler de mon ami intouchable du Népal. Alors voilà. Lisez, vous verrez, il est même question de Jésus dans cette histoire.

Mon ami intouchable du Népal s’appelle Deepak Singh. Il traîne son nom comme un fardeau depuis sa naissance, il y a 25 ans. Les Singh sont des intouchables. Deepak a dû s’inventer un autre nom de famille pour louer un appartement, s’inscrire à l’université et obtenir un emploi. Il y a encore trop de gens au Népal qui considèrent que les intouchables sont faits pour végéter dans des bidonvilles.

« Je suis chanceux : je n’ai pas l’air d’un dalit », m’a raconté Deepak pendant qu’on faisait un trek dans les montagnes près de l’Annapurna, l’automne dernier.

Deepak est guide de montagne. En théorie, les intouchables ne deviennent pas guides de montagne. Ils ramassent les déchets, débouchent les égouts ou découpent des animaux à la scie dans un abattoir.

Mon ami Deepak est un très bon guide de montagne. Une nuit, alors qu’on se trouvait loin dans la montagne, ma blonde et moi sommes partis vers 5 h pour aller voir le lever du soleil dans l’Himalaya. Deepak a gardé nos deux filles, dans la petite cabane où l’on dormait.

Il est comme ça, Deepak. On lui laisse nos filles dans une cabane perdue au milieu du Népal et on part l’esprit tranquille.

De la bonne musique

Je ne savais pas que Deepak était un intouchable. On marchait depuis quatre jours dans la montagne quand on a commencé à jaser. Je le trouvais intéressant, intelligent. Je l’ai questionné sur le système de castes. Deepak, que penses-tu du système de castes ? Ça l’a allumé.

– Le système de castes existe encore malgré les lois. C’est une honte, un scandale, près de 15 % de la population du Népal (la proportion des dalits) est victime de discrimination totalement gratuite.

– As-tu des amis dalits ?

– Oui, j’en suis un !

Il est surprenant, mon ami Deepak. Un matin, il écoutait de la musique népalaise avec son téléphone mobile, dans la cabane de montagne où l’on s’était arrêtés. De la bonne musique. Marianne et Émilie dansaient. Deepak avait un sourire grand comme ça.

– C’est bon, cette chanson, Deepak. Que disent les paroles ?

– C’est de la musique chrétienne. Ça parle de Jésus.

– Quoi ? De la musique de Jésus au milieu des montagnes du Népal ?

Faut que je vous dise comment Deepak prononçait Jésus. C’était drôle. Il disait : The Djizuss. Le Jésus.

– Oui, The Djizuss est populaire ici. Il y a 9 000 chrétiens au Népal.

– Et qui chante cette chanson de Jésus ?

– C’est moi. C’est une de mes compositions.

altBon. Récapitulons. Mon ami Deepak, un intouchable du Népal, est devenu guide de montagne et a enregistré un CD de chansons de Djizuss qu’il a lui-même composées, la plupart en népalais, certaines en anglais. Ça devient intéressant.

Jésus contre les castes

« The Djizuss est contre les castes. Tu connais la Bible : les derniers seront les premiers... Avec The Djizuss, tout le monde est égal », m’a raconté Deepak.

Ouais, pas bête.

En plus, The Djizuss guérit les gens, qu’il m’a juré. Là, je ne le suis plus du tout. Mais Deepak y croit, lui. Il a souffert de graves maux de gorge au point de perdre la voix, comme plusieurs Népalais victimes de l’affreuse pollution de l’air au Népal.

Les médecins n’y pouvaient rien. Les temples hindouistes (sa religion de naissance) non plus. Alors Deepak a assisté à une messe à l’église de Pokhara, où il habite. Trois heures plus tard, il était guéri. Grâce à The Djizuss, bien sûr.

Tu sais quoi, Deepak ? Je l’aime bien, The Djizuss, mais il ne me dit pas grand-chose. The Bouddha ou The Shiva non plus. Mais il te rend heureux, The Djizuss : tant mieux pour toi.

Il t’a surtout donné une inspiration divine. Quatre mois après t’avoir rencontré, nous dansons encore au son de ta musique de Djizuss, mon ami Deepak.

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